Perché à environ 2 600 mètres d’altitude, à quelque 75 kilomètres au sud de Marrakech, le plateau d’Oukaïmeden déroule l’une des prairies d’altitude les plus vastes et les plus surprenantes du Haut Atlas. On l’associe spontanément aux pistes enneigées, mais dès le retrait de la neige, le site révèle un tout autre visage : une haute plaine verdoyante cernée de sommets, un lac paisible, des dalles de grès rouge couvertes de gravures millénaires et des troupeaux qui montent chaque été depuis les vallées voisines.
Cette fiche est entièrement consacrée à Oukaïmeden hors-ski : la nature, les paysages, l’histoire et la découverte à pied. Le plateau se situe en tête de la vallée de l’Ourika, dans le Haut Atlas de la province d’Al Haouz, au cœur d’un environnement de moyenne et haute montagne où l’altitude façonne à la fois le climat, la végétation et les usages humains. C’est un terrain idéal pour qui cherche l’air frais, les grands espaces et le silence, à une heure et demie de route seulement de la place Jemaa el-Fna.
Du printemps à l’automne, le plateau devient un balcon naturel ouvert sur les plus hauts reliefs de la région. Entre botanique, marche contemplative, patrimoine préhistorique et observation de la faune, Oukaïmeden mérite bien plus qu’un simple détour hivernal. Voici tout ce que le plateau offre lorsque la neige a disparu.
Un plateau d’altitude au pied des grands sommets
Le plateau d’Oukaïmeden occupe une large dépression suspendue, encadrée par plusieurs sommets qui figurent parmi les plus élevés du Haut Atlas occidental. Au nord se dresse la longue muraille du Jbel Angour, dont la face nord domine tout le site et culmine à 3 616 mètres. À l’ouest et au sud, la ligne de crête du Jbel Oukaïmeden avoisine les 3 250 à 3 270 mètres, tandis que plus à l’est se profilent les hauteurs du Jbel Meltsen (adrar Meltsène) et le vaste plateau du Yagour.
Cette configuration crée un amphithéâtre minéral où le regard porte loin. Les altitudes fréquentées lors des sorties nature s’échelonnent généralement entre 2 600 et 3 200 mètres, un étage où l’air est vif, la lumière franche et les couleurs contrastées : ocres et rouges des grès, verts tendres des pelouses d’été, gris et bleus des parois. Le socle géologique, composé de grès rouges du Permo-Trias, donne au plateau sa teinte si caractéristique et fournit les dalles inclinées sur lesquelles les hommes ont gravé, il y a des millénaires, leurs images.
De petits cours d’eau, comme l’assif n’Oukaïmeden et l’assif Tiferguine, ainsi que de nombreuses sources de versant, irriguent cette prairie d’altitude et expliquent la richesse de son couvert végétal estival. C’est cette combinaison d’eau, d’herbe et d’espace qui, depuis très longtemps, attire hommes et troupeaux.
Le lac et le barrage d’Oukaïmeden
En contrebas du plateau, le lac d’Oukaïmeden, retenue formée par un petit barrage, constitue l’un des points de repère les plus appréciés hors saison de ski. En été, ses eaux calmes reflètent les crêtes environnantes et offrent un premier plan photogénique face au Jbel Angour. Le tour du plan d’eau, court et sans difficulté, est une promenade parfaite pour s’acclimater à l’altitude, pique-niquer ou simplement profiter du calme.
Le pourtour du lac est aussi un bon poste d’observation : les prairies humides qui le bordent attirent oiseaux et troupeaux, et plusieurs dalles gravées se trouvent justement de l’autre côté du barrage, dans le vallon qui descend vers l’assif Tiferguine. Nature, eau et patrimoine se rejoignent ici en quelques centaines de mètres.
Les gravures rupestres : un musée à ciel ouvert
Le plateau d’Oukaïmeden abrite l’un des ensembles de gravures rupestres les plus importants du Haut Atlas, aux côtés des sites voisins du plateau du Yagour et du Jbel Ghat. Sur les barres de grès rouge qui bordent l’assif Oukaïmeden, sur les dalles montant vers la falaise du Tizrag et jusque dans le village de la station, on dénombre plusieurs centaines de figures gravées par les pasteurs qui fréquentaient ces pâturages.
Le site le plus riche se trouve un peu à l’écart, au Tizi n’Tifina (secteur d’Igountar), au pied du Jbel Attar, à quelques kilomètres du cœur de la station en direction de l’est. On y observe des bovidés élégants, parfois au pis démesuré – symbole de l’importance du lait dans l’alimentation des bergers –, une faune sauvage aujourd’hui disparue de la région (éléphants, rhinocéros, félins de la célèbre « frise aux éléphants » de l’azib Talaïsane), des armes gravées, des personnages énigmatiques et des disques ornés interprétés tantôt comme des boucliers, tantôt comme des symboles astraux.
Âge du bronze et pasteurs berbères
La datation de ces gravures reste délicate, faute de restes archéologiques exploitables sur place. Les images se sont accumulées sur plusieurs millénaires, avec des superpositions parfois très espacées dans le temps. Les repères les plus solides viennent des armes représentées – poignards, hallebardes, haches – dont les formes rappellent celles de l’âge du bronze ibérique, situé entre le début du IIe millénaire et le milieu du Ier millénaire avant notre ère. Les gravures d’animaux sauvages et d’élevage, plus anciennes, sont rattachées au pré-bronze (IIIe-IIe millénaires av. J.-C.), tandis que les rares témoignages d’écriture libyco-berbère (ancêtre du tifinagh) sont plus tardifs.
L’occupation pastorale du plateau pourrait remonter au milieu du IVe millénaire avant J.-C., lorsque l’aridification du climat a poussé les éleveurs du nord du Sahara à se replier vers le Haut Atlas. Les gravures sont donc l’œuvre de pasteurs berbères venus en transhumance : un patrimoine préhistorique fragile qui mérite d’être observé avec respect, sans jamais toucher, mouiller ni marquer les dalles.
Transhumance, faune et flore d’altitude
Le plateau d’Oukaïmeden reste, encore aujourd’hui, un espace pastoral vivant. Il est géré selon une coutume ancestrale, l’« agdal » : le pâturage est mis en défens une partie de l’année, puis son ouverture est traditionnellement fixée au 10 août. À cette date, les éleveurs des vallées environnantes, notamment celles de l’Ourika et de la Ghighaya, montent avec leurs troupeaux de moutons et de chèvres profiter de l’herbe d’altitude. Croiser ces troupeaux, leurs bergers et leurs azibs (bergeries d’estive) fait partie de l’expérience du plateau en été.
Une biodiversité de montagne
Côté faune, le secteur d’Oukaïmeden est réputé pour l’observation du macaque de Barbarie (magot), primate emblématique du Haut Atlas, présent dans les boisements alentour. Les prairies humides du plateau accueillent le crave à bec rouge, corvidé de montagne à la silhouette élégante, ainsi que d’autres oiseaux d’altitude. Les versants rocheux abritent l’écureuil de Barbarie, petit rongeur rayé typique des zones sèches, et, plus rarement, le mouflon à manchettes sur les reliefs les plus escarpés.
La flore n’est pas en reste : dès la fonte des neiges, les pelouses d’altitude se couvrent d’espèces adaptées au froid et à la sécheresse estivale, coussinets épineux et plantes en rosette qui font d’Oukaïmeden une destination prisée des amateurs de botanique de montagne.
Randonnées estivales et panoramas
Une fois la neige partie, le plateau devient un excellent camp de base pour la marche. Les itinéraires vont de la simple promenade familiale autour du lac aux ascensions plus engagées vers les crêtes. La montée au Jbel Oukaïmeden (environ 3 250 m) offre, sans difficulté technique majeure, un panorama à 360 degrés sur le massif du Toubkal, le Jbel Angour et les plateaux voisins. Les randonneurs plus aguerris visent le tour du Jbel Angour par les cols, qui relie de belles vallées comme celles d’Imnane et d’Iabassen, ou de plus longues traversées vers le plateau du Yagour et l’adrar Meltsène.
Quel que soit l’itinéraire, l’altitude impose de la prudence : effort progressif pour s’acclimater, protection solaire renforcée, eau en quantité et vêtements chauds même en plein été, car les températures chutent vite dès que le soleil décline ou que le vent se lève. Un bon équipement fait toute la différence, et il est utile de savoir précisément que mettre dans son sac de randonnée avant de partir en montagne.
Le plateau se prête aussi très bien à une découverte en boucle avec la région : on peut combiner la haute vallée d’Oukaïmeden avec la vallée de l’Ourika en contrebas et ses villages, ou pousser jusqu’aux cascades de Setti Fatma pour varier les ambiances entre haute montagne et fond de vallée. Pour organiser sereinement la journée, notre excursion dans la vallée de l’Ourika constitue une porte d’entrée idéale vers ces paysages, et les marcheurs les plus motivés peuvent enchaîner avec l’ascension du Toubkal en 2 jours depuis le versant d’Imlil.
Pour aller plus loin sur l’hiver, le domaine et les remontées mécaniques, consultez la fiche dédiée à la station de ski d’Oukaïmeden ; et pour une vue d’ensemble pratique du site (accès, saisons, services), le guide complet d’Oukaïmeden réunit toutes les informations utiles.
FAQ – Plateau d’Oukaïmeden
Où se trouve le plateau d’Oukaïmeden et comment y accéder ?
Le plateau se situe dans le Haut Atlas, à environ 75 kilomètres au sud de Marrakech, en tête de la vallée de l’Ourika. On y accède par une route de montagne qui se détache de la route de l’Ourika, pour un trajet d’environ 1 h 30 depuis Marrakech.
À quelle altitude se trouve le plateau ?
Le cœur du plateau et la station se tiennent autour de 2 600 mètres. Les sommets qui l’encadrent culminent plus haut : le Jbel Oukaïmeden avoisine 3 250 mètres et le Jbel Angour atteint 3 616 mètres. Les randonnées se déroulent généralement entre 2 600 et 3 200 mètres.
Peut-on visiter Oukaïmeden en dehors de l’hiver ?
Oui, et c’est même la meilleure période pour la nature. Du printemps à l’automne, le plateau se couvre d’herbe, le lac est accessible et les sentiers de randonnée sont dégagés. L’hiver, en revanche, est consacré au ski, sujet traité dans la fiche de la station de ski d’Oukaïmeden.
Que sont les gravures rupestres d’Oukaïmeden ?
Ce sont des centaines de dessins gravés sur les dalles de grès rouge par des pasteurs berbères, depuis le pré-bronze jusqu’à la période libyco-berbère. On y voit des animaux, des armes proches de celles de l’âge du bronze ibérique et des figures symboliques. Le site le plus riche est celui du Tizi n’Tifina, dans le secteur d’Igountar, à quelques kilomètres à l’est de la station.
Quelles randonnées faire depuis le plateau ?
Les possibilités vont du tour du lac, très facile, à l’ascension du Jbel Oukaïmeden pour un large panorama sur le Toubkal et le Jbel Angour, jusqu’au tour du Jbel Angour par les cols et aux traversées vers le plateau du Yagour et le Jbel Meltsen pour les marcheurs expérimentés.
Peut-on observer de la faune sur le plateau ?
Oui. Le secteur est connu pour le macaque de Barbarie dans les boisements, le crave à bec rouge dans les prairies humides et l’écureuil de Barbarie sur les rochers. En été, on croise aussi les troupeaux de moutons et de chèvres montés en transhumance.